Hyphen Hyphen déconstruit les genres dans un fulgurant second album

Chronique

C’était en 2015 : Hyphen Hyphen était à l’affiche de notre tournée Société Ricard Live Sessions aux côtés de Jabberwocky et Fuzeta. Aujourd’hui, le groupe et sa soul rock déstructurée reviennent avec un second album qui devrait faire date. Chronique.

Après avoir gagné une Victoire de la musique en 2016 et vu son batteur Zac quitter le groupe tout en restant proche de celui-ci, l’entité Hyphen Hyphen a dû se recentrer sur elle-même pour gérer son succès sans se perdre. Adepte du do it yourself, le désormais trio, dont les membres ont tous 25 ans, a décidé de prendre les choses en main et d’imposer sa vision sans laisser personne interférer avec celle-ci. Il en ressort un album somptueux à la fois intimiste et conquérant, impressionnant de maîtrise et de cohérence.

Le disque s’ouvre sur « Take My Hand ». S’il ne fait aucun doute que nous sommes sur un album d’Hyphen Hyphen – la voix de Santa est là pour l’attester –, tout semble différent de l’excellent Times, leur premier album sorti en 2015. Le rythme est la fois plus lent et plus tribal, la voix prend du recul et se veut plus sombre. Quant au clavier, il rappelle carrément les distorsions indus de Nine Inch Nails. Via une incroyable montée en puissance qui cloue l’auditeur à terre, le groupe proclame d’entrée de jeu qu’il ne compte pas réitérer une formule passée, mais bien prendre le meilleur de son savoir-faire pour l’emmener encore plus loin.

Hyphen Hyphen produit ainsi quantité de titres que l’on pourrait affilier à de nombreux genres. Sur « Like Boys », c’est comme si le groupe appliquait à la soul pop, la même stratégie que Kanye West utilise avec le rap : un mélange d’ouverture, de noirceur et de fun qui ne cesse de brouiller les pistes ; le tout enrobé d’un propos féministe pertinent.

Par sa densité, voire son opacité, on pourrait penser que HH est le pendant sombre du lumineux Times. Mais il n’en ait rien. Le groupe n’y est jamais moins sexy. S’il n’y pas de single évident comme « Just need your love », l’album regorge de tubes exigeants, comme « Be High With Me » et la balade « The Way To Stay » où les cris soul de Santa font se dresser les poils des bras. Il y a toujours ici une recherche de l’équilibre et de la surprise. « Last Call » parle de rupture tout en étant un tube à écouter pour se donner du courage ; « Mama Sorry » est un dialogue entre une mère et une fille, qui transpire la sensualité.

À chaque écoute, de nouveaux titres ou de nouveaux passages captent l’attention. Malgré son évidence, HH est un album au long cours. Avec tant de qualités, on ne voit pas très bien ce qui pourrait arrêter ce groupe à même de jouer aussi bien sur grandes scènes internationales que de livrer des prestations très rock dans de plus petites salles.

À propos de l'auteur :
Benjamin
Benjamin

Cofondateur de Playlist Society (revue culturelle et maison d'édition), Benjamin est le responsable éditorial de Société Ricard Live Music depuis 2008. En 2015, il a publié "Le renoncement de Howard Devoto", une bio-fiction, à la gloire du fondateur des Buzzcocks et de Magazine, qui retrace la genèse du mouvement punk en Angleterre.

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